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Auditeurs

La grille d'évaluation Qualiopi décortiquée par les auditeurs

Jérôme IavaroneFondateur de Kaliio, ancien consultant Qualiopi
13 min de lecture

La grille Qualiopi compte 7 critères et 32 indicateurs. Pour chaque indicateur, l'auditeur cherche trois choses : une preuve documentée, sa cohérence avec les autres preuves du dossier, et l'usage réel par l'organisme. Un indicateur sans preuve est non conforme. Une preuve isolée non recoupée par d'autres indicateurs est suspecte. Une preuve datée et utilisée passe presque toujours.

La structure de la grille en 2026

Le Référentiel National Qualité (RNQ), institué par le décret n° 2019-565 du 6 juin 2019 et révisé par France Compétences, organise l'évaluation Qualiopi autour de 7 critères. Chaque critère est décliné en plusieurs indicateurs, pour un total de 32 indicateurs applicables aux organismes non certifiants. Les organismes certifiants (CFA, formations certifiantes) sont soumis à des indicateurs supplémentaires (3, 7, 13, 14, 15, 16, 20, 29) qui restent hors champ pour la majorité des OF de formation continue.

L'auditeur ne note pas les indicateurs sur une échelle. Il les classe en trois statuts : conforme, non conforme mineure (NCm), non conforme majeure (NCM). Une NCM bloque la certification jusqu'à correction. Une NCm est tolérée si elle reste isolée et corrigeable.

La grille n'est pas une checklist mécanique. L'auditeur applique pour chaque indicateur une triple lecture : la preuve existe-t-elle ? Est-elle cohérente avec les autres preuves du dossier ? Est-elle utilisée par l'organisme ou produite uniquement pour l'audit ?

Critère 1 — Conditions d'information du public (indicateurs 1, 2, 3)

Le premier critère couvre tout ce que l'organisme communique en amont d'une formation : programmes, prérequis, durée, tarifs, modalités d'accès, accessibilité aux personnes en situation de handicap.

L'indicateur 1 (information sur les prestations) est presque toujours validé. L'auditeur ouvre votre site web, vérifie que vos programmes commerciaux sont accessibles, lisibles, à jour. Le piège : un programme PDF téléchargé en 2023 mais référencé sur une page 2026 déclenche systématiquement une remarque.

L'indicateur 2 (résultats obtenus) est plus exigeant. L'auditeur cherche des taux de réussite, de satisfaction, d'insertion ou de retour à l'emploi, publiés et datés. Pour un OF non certifiant, la fourchette acceptée est plus souple : un taux de satisfaction global et un taux de complétion suffisent. Mais ils doivent être affichés publiquement, pas seulement disponibles sur demande.

L'indicateur 3, propre aux organismes certifiants, exige la publication des taux d'obtention des certifications visées. Hors périmètre pour les OF non certifiants.

Critère 2 — Identification des objectifs et adaptation (indicateurs 4 à 8)

Le critère 2 vérifie que l'organisme identifie les besoins, formalise des objectifs, et adapte ses prestations. C'est le critère où la cohérence inter-indicateurs joue le plus.

L'indicateur 4 (analyse du besoin) demande une trace écrite de l'analyse menée avec le bénéficiaire ou le commanditaire. Un email récapitulatif suffit, à condition qu'il identifie clairement le besoin de formation, les contraintes du bénéficiaire et les objectifs négociés. Beaucoup d'OF se limitent à un devis : c'est insuffisant, le devis n'est pas une analyse.

L'indicateur 5 (objectifs opérationnels) est le pivot de tout le dossier pédagogique. Les objectifs doivent être formulés en termes de résultats observables ("être capable de...") et figurer à l'identique sur le programme commercial, la convention, le programme de formation contractualisé, et la grille d'évaluation. Toute discordance entre ces quatre documents génère une non-conformité.

L'indicateur 6 (adaptation aux publics) demande une preuve de positionnement amont — questionnaire, entretien, test — qui permet d'adapter la formation. Un questionnaire générique non analysé est un signal négatif.

  • IND 4 — analyse du besoin : email récapitulatif daté minimum, devis seul insuffisant
  • IND 5 — objectifs : cohérence stricte entre programme, convention, contrat, évaluation
  • IND 6 — positionnement : questionnaire amont avec trace d'analyse, pas un formulaire vide
  • IND 8 — adaptation aux PSH : référent identifié + procédure écrite, même si jamais déclenchée

Critères 3 et 4 — Adaptation et moyens (indicateurs 9 à 16)

Ces deux critères couvrent la mise en œuvre pédagogique : information du stagiaire, adéquation des moyens, suivi de l'exécution. Ce sont les indicateurs les plus consultés par l'auditeur lorsqu'il ouvre un dossier de formation.

L'indicateur 9 (information du stagiaire) exige que chaque apprenant reçoive avant le début de la formation un document récapitulatif : programme, modalités d'évaluation, calendrier, sanctions, modalités d'accès aux formateurs. Une convocation simple ne suffit pas — il faut un livret d'accueil ou un document équivalent, signé ou tracé par accusé de réception.

L'indicateur 11 (modalités pédagogiques et évaluation des acquis) est le cœur du dossier. L'auditeur demande à voir au moins une production d'apprenant : QCM corrigé, étude de cas, quiz noté, livrable. L'absence de toute évaluation des acquis est une non-conformité majeure systématique. La présence d'une évaluation non corrigée — c'est-à-dire un QCM rempli sans note ni feedback — est une non-conformité mineure.

L'indicateur 12 (encadrement) demande la trace de l'identité du formateur sur les supports pédagogiques et les feuilles d'émargement. C'est un indicateur réputé facile mais souvent oublié quand les OF utilisent des supports génériques achetés à un fournisseur sans personnalisation.

Critère 5 — Qualification des personnels (indicateurs 17 à 25)

Le critère 5 traite de la qualification, de la formation et du développement des compétences des intervenants. C'est statistiquement le critère qui génère le plus de non-conformités majeures, devant le critère 7.

L'indicateur 21 (qualification des intervenants pédagogiques) exige pour chaque formateur un dossier de qualification : CV, copies de diplômes, attestations d'expérience, et — point crucial — une grille d'adéquation entre le profil et l'action de formation. Beaucoup d'OF stockent les CV sans formaliser cette adéquation. L'auditeur ne se contente pas du CV : il veut voir la décision écrite qui valide que le formateur peut animer cette action précise.

L'indicateur 22 (analyse des résultats) impose une analyse formalisée des évaluations à chaud, à froid, et des taux de réussite. Une fois par an minimum. Un compte-rendu de bilan annuel qualité, même de deux pages, suffit. L'absence totale d'analyse est la non-conformité la plus fréquente du critère.

L'indicateur 25 (développement des compétences des formateurs) demande une trace de formation continue : participation à un colloque, lecture professionnelle, formation suivie, retour d'expérience documenté. Pour un formateur solo, l'auteur de la formation est aussi le formateur — l'autoformation est acceptée si elle est tracée.

Critères 6 et 7 — Environnement et amélioration (indicateurs 26 à 32)

Le critère 6 traite de l'inscription dans l'environnement professionnel et économique. L'indicateur 26 (veille légale et réglementaire) exige une trace de veille — abonnement à une newsletter, suivi d'actualités sectorielles, participation à des réunions professionnelles. L'indicateur 27 (veille sur les compétences) impose un suivi de l'évolution des métiers visés. Pour un OF mono-métier, un dossier d'observation simple (deux ou trois sources avec dates) suffit.

Le critère 7 ferme la boucle qualité. Les indicateurs 30 (recueil des appréciations), 31 (traitement des réclamations) et 32 (mesures correctives) doivent être interconnectés. L'auditeur cherche le triangle complet : un canal de recueil, un registre des retours, et des décisions documentées en réponse aux retours.

Le piège du critère 7 : l'absence de réclamation. Beaucoup d'OF affichent fièrement "zéro réclamation". L'auditeur considère cela comme un signal négatif si l'organisme n'a aucune procédure formelle. Sans procédure, vous ne pouvez pas démontrer que l'absence de réclamation reflète la satisfaction et non l'absence de canal pour s'exprimer.

La logique de l'auditeur en synthèse

Si l'on devait résumer ce que regarde l'auditeur sur l'ensemble de la grille, trois questions reviennent pour chaque indicateur.

La première : la preuve est-elle datée et identifiable ? Un document anonyme, sans date ni signataire, ne tient pas devant le COFRAC. Cette exigence de traçabilité dépasse la simple bonne pratique : elle est inscrite dans le guide d'application Qualiopi.

La deuxième : la preuve raconte-t-elle la même histoire que les autres preuves du dossier ? Si le programme commercial promet 14 heures, la convention en mentionne 21 et l'émargement en signe 12, l'auditeur ne sait plus qui croire. La cohérence inter-documents pèse plus que la qualité d'un document isolé.

La troisième : l'organisme utilise-t-il sa preuve ou l'a-t-il produite pour l'audit ? Une procédure rédigée la veille de l'audit est repérable en cinq minutes — pas de version antérieure, pas de revue, pas de mention de mise à jour. À l'inverse, une procédure simple datée d'il y a deux ans avec deux mises à jour est immédiatement crédible.

Les organismes qui passent Qualiopi sans drame sont ceux qui acceptent ces trois règles et les industrialisent. Les outils logiciels spécialisés peuvent automatiser la traçabilité, mais la logique de cohérence reste un travail humain de mise en place initiale.

Sources et références légales

Questions fréquentes

24 indicateurs sont applicables aux organismes de formation non certifiants. Les indicateurs 3, 7, 13, 14, 15, 16, 20 et 29 sont réservés aux organismes délivrant des certifications professionnelles, des actions par apprentissage, des bilans de compétences ou des VAE.

Une non-conformité mineure (NCm) signale un écart isolé, corrigeable, qui n'empêche pas la certification. Elle doit être levée d'ici l'audit de surveillance suivant. Une non-conformité majeure (NCM) signale un écart systémique ou critique : la certification est suspendue jusqu'à production d'un plan d'action et de preuves de correction (généralement sous 3 mois).

Non. Une preuve numérique est recevable au même titre qu'une preuve papier, à condition qu'elle soit horodatée, identifiable et qu'on puisse remonter à son auteur. Les émargements numériques signés par certificat électronique sont conformes depuis 2020 (référence eIDAS et avis France Compétences).

En général deux à cinq dossiers, sélectionnés par l'auditeur à partir du registre des actions de formation. Le tirage privilégie les actions financées par fonds publics (CPF, OPCO, France Travail) et les formations longues. L'OF ne choisit pas les dossiers présentés.

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